Prévention et gestion des problèmes d'alcool, de tabac et d'autres drogues en milieu de travail
Formation d'intervenants Ψ sociaux
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Alcool et drogues, quelle conduite adopter?
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Article de Jean-Louis Hubert paru dans "Les carnets du préventeur" n°79, janvier 2009

Avoir soif en tout temps, en tout lieux et en toute circonstance, semble être la caractéristique du peuple belge", notait le Baron du Sart de Bouland, Gouverneur du Hainaut, dans son discours de rentrée du Conseil provincial en 1903. Deux cents ans plus tard, le constat n'a pas vraiment changé. Sauf qu'il préoccupe davantage les employeurs qu'au siècle dernier.

Dans une enquête réalisée en 1995 par le Ministère de l'Emploi et du Travail, 85 % des médecins du travail déclaraient avoir été confrontés à des cas liés à l'alcool. Et 29,4 % des personnes interrogées avouaient avoir fait usage de drogues dures ou douces'. Toutes les catégories professionnelles et tous les secteurs d'activités sont concernés, à des degrés divers, par le problème de la consommation de substances psychotropes.

Mais tous les employeurs n'y réagissent pas de la même manière. «Dans certains milieux, l'alcool est complètement banalisé, voire même valorisé. Tout dépend de la culture de l'entreprise, relève Géraldine De Ruyter, Directrice de l'asbl Santé & Entreprise spécialisée dans la prévention des toxicomanies. De ce point de vue, la nouvelle convention collective arrive à point nommé pour obliger chacun à se positionner clairement. Mais je doute de la possibilité de mettre en oeuvre une politique de prévention efficace en seulement un an. Quand nous intervenons, nos actions s'étendf?nt parfois sur 3 ou 4 années. Constituer un groupe de pilotage, analyser la situation, former la hiérarchie, mettre en place une procédure, la faire accepter par les représentants du personnel,... Tout cela demande du temps". Du temps, mais aussi de l'argent et de la disponibilité. Trois ressources dont les patrons de PME manquent cruellement. «Nos clients sont plutôt des administrations publiques ou des entreprises de taille respectable.Généralement, ils font appel à nos services à la suite d'un incident qui sert de signal d'alarme pour mettre en place une politique globale à l'attention de l'ensemble du personnel".

Les facteurs de risques sont connus: pénibilité, tâches répétitives, horaire de nuit, isolement, tensions, pressions sur les performances,... Autant d'éléments susceptibles d'accroître la charge psychologique du travail. Dans certains cas, la problématique relève d'un groupe bien précis. «Je pense notamment au personnel de voirie qui est amené à travailler à l'extérieur et est donc moins soumis à un contrôle direct", indique Florence Ruyter qui se méfie toutefois des généralisations. «Face à la même situation, deux individus pourront réagir de manière radicalement différente. Certains parlent de prédispositions génétiques. Selon moi, il y a plutôt un enchaÎnement de causes, une succession d'événements qui chevauchent la frontière entre vie professionnelle et vie privée et, à un certain moment, favorisent la rencontre entre le consommateur et le produit". Entre le respect de la liberté individuelle et les obligations à l'égard de l'employeur, la marge de manoeuvre est parfois étroite. "Raison pour laquelle il convient de ne traiter que la consommation problématique en se focalisant sur les dysfonctionnements observés au sein de l'entreprise. L'attaque frontale ne sert à rien. La plupart du temps, une personne accusée d'aléoolisme se réfugie dans le déni. Il faut dès lors objectiver les faits de manière concrète, en terme d'absentéisme, de baisse de rendement, de comportement inapproprié afin d'amener la personne à prendre conscience de la réalité".

Encore faut -il être au courant de cette réalité que l'attitude bienveillante des collègues de travail dissimule parfois au responsable hiérarchique. C'est tout le problème du co-alcoolisme. "Cela part d'une bonne intention: les collègues ont tendance à pallier les carences du travailleur défaillant afin de préserver  le groupe. Mais cela s'avère contre-productif. Le co-alcoolisme masque les effets négatifs de l'alcoolisme et tend à déresponsabiliser l'individu qui devient non seulement victime de la boisson mais également d'un jeu de pouvoir malsain. A terme, il y a toujours la goutte qui fait déborder le vase.

Au bout du compte, l'individu protégé se voit rejeté, isolé, sans rien y comprendre". La prévention de l'alçoolisme est donc une responsabilité collective. "II nous arrive de réaliser une enquête au sein de l'entreprise, à la fois pour évaluer l'attitude du personnel par rapport à la consommation d'alcool, mais aussi pour clarifier les choses et renforcer l'adhésion à notre démarche. Nous ne sommes pas là pour mener une chasse aux sorcières. Nous considérons l'alcoolisme comme une maladie qui doit être traitée comme telle. Mais cette maladie fait peser sur le cadre de travail une série de risques inacceptables qu'il convient de prévenir, tout comme on prévient l'absentéisme ou le harcèlement. Pas question de faire de la discrimination Et cette prévention est une responsabilité collective", Tolérance zéro A la Police fédérale! on mène depuis plusieurs années une politique volontariste en la matière, Ici le risque, on connaît; pas besoin d'en rajouter, La politique pratiquée à l'égard de l'alcool et des autres substances psychotropes est donc celle de la tolérance zéro.

Mais derrière ce mot d'ordre implacable, le corps de police sait aussi montrer un visage humain: "Nous avons mis en place une procédure contractuelle à travers laquelle l'intéressé, en concertation avec son supérieur, s'engage à adapter son comportement et éventuellement à suivre un traitement adapté, cela permet d'éviter le recours automatique à la panoplie des sanctions disciplinaires, qui pourraient, dans certains cas, aggraver la situation du fautif", explique Corinne Vandenberghe au Service de prévention de la charge psychosociale, plus communément appelé le stress- tearn, La structure est issue d'une réflexion entamée dans la foulée du drame du Heysel et du naufrage du Herald of Free Enterprise, '1 deux événements qui ont profondément marqué les services de secours et de sécurité, "On s'est rendu compte que certaines interventions éprouvantes pouvaient générer un stress post-traumatique et déboucher sur une surconsommation de médicaments anxiolytique voire d'alcool, Dans ce cas, le stress-team peut intervenir à la demande des chefs d'unités ou des agents eux-mêmes, Elle propose des debriefing ou des thérapies brèves basées notamment,sur./'hypnose, Il ne s'agit donc pas de traiter une assuétude mais bien un choc post-traumatique", Cannabis et compagnie Contrairement à l'alcool qui s'affiche ouvertement au comptoir du mess ou sur le buffet festif, le problème de la drogue demeure encore un sujet tabou, Plus pour longtemps peut-être, car l'arrivée sur le marché du travail de nouvelles générations davantage tentées par l'herbe que par le houblon, risque de modifier la donne, Certaines entreprises s'en inquiètent "Même si la consommation se déroule bien souvent en dehors du cadre de travail, les excès d'une soirée ou d'un week-end festif se paient aussi pendant la semaine, estime Géraldine De Ruyter qui souligne l'intérêt d'une prévention précoce, Nous travaillons actuellement sur un projet de sensibilisation dans l'enseignement tecnnique et professionnel. A 18 ans, certains élèves vont passer, presque sans transition, de l'école à l'entreprise: pourquoi changeraient-ils leurs habitudes, d'autant qu'à cet âge,on aime encore braver les interdits, D'où l'intérêt de sensibiliser les professeurs de pratique professionnelle à cette problématique, Lors de l'examen d'embauche, le médecin du travail peut également délivrer un message, non pas répressif, mais informatif et préventif.

Une manière pour l'entreprise d'affirmer son rôle social. En France, l'Observatoire des Drogues et des Toxicomanies a publié, en 2002, le résultat d'une étude intitulée «Usage de drogues et vie professionnelle,,2 Une quarantaine de Page 10 • Les carnets du préventeur • #79 • Janvier 2009 personnes issues des milieux du spectacle, de l'informatique, de l'enseignement, du commerce, des transports.. ont été interrogées, Par delà la diversité des situations, Astrid Fontaine met en avant certaines similitudes quant au sens donné à la consommation, «Toutes activités professionnelles confondues, rares sont les personnes qui disent trouver un réel épanouissement à,travers leur travail, Il est globalement vécu comme une contrainte, même par ceux qui s'estiment satisfaits de leur activité et même si la grande majorité y accorde aussi une valeur positive (2).

Travailler, c'est domestiquer son corps pour produire efficacement quelque chose et cette domestication a un prix, dans les deux sens du terme, Elle rapporte l'argent nécessaire à la survie et un statut socialement appréciable, et elle coûte à l'individu de multiples façons, L'équilibre coût/bénéfice est laissé à la subjectivité de la personne qui, en accord (conscient ou inconscient) avec le système de valeurs qui lui est propre, décide des limites qu'elle s'impose ", Par rapport à ces contraintes, le recours à la drogue - mais aussi aux médicaments détoumés de leur usage médical - procure plusieurs types de bénéfices: distanciation (évacuer une partie du stress), décompression, désinhibition (facilité à communiquer, confiance en soi), altération de la notion de temps (favorise l'enthousiasme), concentration et regain d'énergie, Parallèlement, l'auteur de la recherche souligne les effets négatifs liés à une perte de maîtrise: marginalisation, déconnexion, introversion, dégradation de la santé mentale et phvsique.; Entre risques et bienfaits, la situation du consommateur tient parfois du funambule, Etrange paradoxe que celui qui pousse les individus à braver la sanction sociale et professionnelle pour satisfaire leur besoin de reconnaissance sociale à travers une réussite professionnelle, Comme si le travail était finalement une activité",


 
 

Article de Jean-Louis Hubert paru dans "Les carnets du préventeur" n°79, janvier 2009

1. Brochure« Travail et Vie privée », éditée par la FGTB en 2002

2. psychotrope,  «Usage de drogues et vie professionnelle», par Astrid Fontaine, Observatoire français des Drogues et des Toxicomanies, juillet 2002

 

 
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